Le 11 juin 2026, le gouvernement canadien a publié sa nouvelle stratégie nationale de sécurité alimentaire. Cette stratégie avait été annoncée dans la mise à jour économique de printemps du gouvernement, et ses détails ont enfin été rendus publics.
Cette stratégie comprend plusieurs mesures qui, si elles sont mises en œuvre avec succès, pourraient certainement aider les personnes des classes moyennes et à faibles revenus en réduisant le coût de l’épicerie et en améliorant l’accès aux aliments et boissons fabriqués au Canada. Le Syndicat de l’Agriculture accueille favorablement ces mesures.
Cependant, si cette stratégie prévoit des mesures en faveur de la sécurité alimentaire, elle néglige la salubrité des aliments au Canada. Le gouvernement espère faire passer de 75 % à 85 % d’ici 2032 la part des aliments sains produits localement mis à la disposition des Canadiens et Canadiennes. Mais augmenter la production nationale tout en réduisant drastiquement les contrôles alimentaires, comme le fait le gouvernement Carney, est dangereux. Une production alimentaire accrue associée à une diminution des contrôles effectués par l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) signifie que davantage de personnes seront touchées par des infections à E. coli, à la listériose ou à la salmonelle, et que les rappels de produits alimentaires seront plus nombreux, ce qui nuira aux petites entreprises.
La catastrophe survenue à l’usine Joriki est encore fraîche dans nos mémoires. En 2024, vingt personnes sont tombées malades et trois sont décédées des suites d’une infection de la listériose après avoir consommé des laits végétaux fabriqués dans l’usine Joriki, en Ontario. L’usine n’avait pas fait l’objet d’une inspection au cours des cinq années précédant la catastrophe, car un algorithme défectueux de l’ACIA avait classé ses produits comme présentant un « faible risque ». Le Syndicat de l’Agriculture souhaiterait voir mise en place une stratégie nationale visant à prévenir de telles épidémies à l’avenir, mais malheureusement, la Stratégie nationale de sécurité alimentaire ne traite pas cette question.
La Stratégie nationale de sécurité alimentaire arrive également dans le contexte de la loi C-30, adopté par le Parlement juste avant la pause estivale. La loi C-30 aura pour effet d’affaiblir la sécurité alimentaire au Canada en accordant aux entreprises et aux producteurs des dérogations aux lois en matière de sécurité alimentaire au nom de la sécurité économique ou nationale. Il sape un cadre réglementaire solide, respecté à l’échelle internationale, qui renforce notre avantage commercial et permet de disposer de l’un des systèmes alimentaires les plus sûrs au monde.
Comme l’a déclaré Katie Francis de l’Institut professionnel de la fonction publique du Canada (IPFPC), lors d’une conférence de presse organisée sur la Colline du Parlement au sujet du projet de loi C-30 :
« Les lois sur la salubrité alimentaire ne sont pas des formalités administratives. Il s’agit plutôt de prévention.
Elles permettent d’éviter que des aliments contaminés n’arrivent sur les tables.
Elles contribuent à empêcher la propagation des maladies animales et végétales.
Elles protègent les consommateurs, les producteurs, les travailleurs et la réputation du Canada en matière de commerce international.
Elles contribuent également à garantir que les denrées alimentaires que nous importons répondent aux normes de sécurité et de qualité attendues par les Canadiennes et les Canadiens.
Le système national de salubrité alimentaire ne constitue pas une barrière commerciale.
C’est l’un de nos avantages concurrentiels. »
Il est positif d’avoir davantage de produits alimentaires issus de la production nationale. Cela est d’autant plus vrai que le démantèlement de la Food and Drug Administration (FDA) par Trump a jeté le doute sur la qualité des importations américaines, et qu’il n’existe aucun programme visant à renforcer la surveillance des importations américaines non réglementées. Cependant, l’augmentation de la production, le renforcement de la sécurité alimentaire et l’amélioration de la salubrité des aliments doivent aller de pair. Dans cette stratégie, le gouvernement évoque des mesures visant à renforcer l’industrie canadienne des produits de la mer, dont le chiffre d’affaires dépasse les 9 milliards de dollars par an. Parallèlement, il prévoit de fermer un laboratoire de l’ACIA situé à Longueuil, au Québec, qui est pourtant le principal laboratoire canadien chargé de détecter les toxines marines dans les crustacés et mollusques. On dirait que la main droite ne sait pas ce que fait la main gauche.
Cette stratégie nationale oppose la croissance économique du secteur agroalimentaire aux contrôles réglementaires. En réalité, il ne s’agit pas de choisir entre l’un ou l’autre. Des contrôles et une réglementation rigoureux garantissent la sécurité de nos aliments.
En fin de compte, en augmentant la production alimentaire tout en réduisant les contrôles nécessaires, le gouvernement demande à nos membres de l’ACIA d’en faire plus avec moins de moyens. L’inspection alimentaire est un travail qui exige de l’attention, de l’engagement et des ressources adéquates pour détecter les contaminations avant qu’elles ne se retrouvent dans les rayons ou dans votre assiette.
La question du coût et de la disponibilité des denrées alimentaires n’est qu’une pièce du casse-tête. Le gouvernement doit également s’engager à garantir la sécurité alimentaire en annulant les coupes budgétaires imposées à l’ACIA et en abandonnant la loi C-30. Même si le Premier ministre Carney souhaite sans doute ce qu’il y a de mieux pour la population, il ne peut y avoir de sécurité alimentaire si les aliments ne sont pas sûrs à consommer.
Il est temps de mettre en place non seulement une stratégie de sécurité alimentaire, mais aussi une stratégie de sécurité sanitaire des aliments. Le gouvernement doit faire de la sécurité sanitaire des aliments une priorité. Chacun a le droit de manger sans danger.
