Par Milton Dyck, Président national du Syndicat de l’Agriculture
Le 18 septembre, 2026
Imaginez le scénario suivant : vous organisez un barbecue de fin d’été chez vous avec quelques-uns de vos amis proches et leurs familles. Vous demandez à l’avance à vos invités si l’un d’entre eux souffre d’allergies alimentaires (par mesure de précaution), et l’un de vos amis vous répond que sa fille est allergique aux œufs. Vous allez donc faire vos courses à l’avance, en vérifiant attentivement la liste des ingrédients de tous les burgers que vous achetez. Le jour de la fête, vous avez allumé le barbecue et vous y faites cuire des burgers au poulet pour la fille de votre ami, certain qu’elle pourra les manger sans risque. Mais elle les mange et fait une réaction allergique, avec des difficultés respiratoires. Et voilà que ce burger au poulet que tu viens de lui servir contenait en fait des œufs, bien qu’ils ne figuraient pas dans la liste des ingrédients.
Cela peut paraître effrayant, mais ce scénario aurait très bien pu se produire lors de n’importe quel barbecue ces dernières semaines. Juste avant la Fête du Travail, en pleine saison des barbecues, l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) a lancé un rappel massif à l’échelle nationale concernant les burgers de poulet de la marque Compliments, car ils contenaient des œufs non déclarés (un allergène courant) parmi leurs ingrédients.
Ce qui rend la situation encore plus préoccupante, c’est que plusieurs rappels émis depuis le début de septembre concernaient des allergènes non déclarés ou mal étiquetés, notamment des bouchées protéinées (lait), du pesto (noix de cajou) et de la pâte de soja (arachides).
Les rappels alimentaires sont le signe que notre système de sécurité alimentaire fonctionne, du moins en partie. Les inspecteurs de l’ACIA repèrent un produit défectueux ou des ingrédients mal étiquetés, et celui-ci est retiré des rayons des magasins. Grâce à ce travail, les aliments potentiellement dangereux ne se retrouvent pas sur votre barbecue ou dans votre réfrigérateur. Mais si l’on réduit les capacités de l’ACIA, on affaiblit le bouclier qui protège les 3 millions de Canadiens souffrant d’allergies alimentaires et qui comptent sur l’agence pour les empêcher de tomber malades, voire pire.
En tant que travailleurs et travailleuses en première ligne de l’inspection alimentaire, nous constatons presque quotidiennement les signes avant-coureurs de la fragilité de notre système. Le gouvernement canadien menace de fermer un laboratoire de l’ACIA à Longueuil d’ici mars 2028. Cette fermeture s’inscrit dans le cadre de l’examen complet des dépenses mené par Carney, qui a contraint la quasi-totalité des agences et ministères fédéraux à réduire leur budget de 15 %. Le problème, cependant, c’est que contrairement à d’autres ministères, l’ACIA a déjà vu ses effectifs diminuer de 3 % depuis 2012, alors que notre population a augmenté de 13 % au cours de cette même période. En matière d’inspection alimentaire, il n’y a tout simplement plus de marge de manœuvre.

Le laboratoire de Longueuil est le seul laboratoire d’analyse des allergies alimentaires de tout l’est du Canada. Pour revenir à notre histoire de barbecue, la vie des gens dépend littéralement de ce laboratoire.
La fermeture de ce laboratoire serait une catastrophe. Mais nos membres qui y travaillent ne sont pas les seuls à le dire. En effet, des membres du gouvernement Carney partagent cet avis. Un rapport unanime publié par le comité parlementaire permanente de l’agriculture, a recommandé au gouvernement de revenir sur sa décision de fermer le laboratoire de l’ACIA à Longueuil.
Le Parlement reprendra sa session d’automne le 21 septembre et devra bientôt se prononcer sur ce rapport. Il est impératif que le gouvernement suive les recommandations du rapport et maintienne ouvert le laboratoire de l’ACIA à Longueuil.
N’attendons pas la prochaine épidémie alimentaire majeure ou la prochaine crise d’allergie évitable pour agir. Une surveillance réduite et des ressources moindres pour les contrôles alimentaires sont synonymes de catastrophe. Si l’ACIA est notre bouclier contre les maladies graves ou les allergènes non détectés, veillons à ce qu’elle reste forte.
