Les coupes à l’ACIA menacent la sécurité alimentaire : la fermeture des stations de quarantaine à T.-N.-L. serait une catastrophe

Le gouvernement canadien a réussi à faire adopter son budget le 17 novembre par une mince marge de 170 contre 168. On estime qu’environ 40 000 emplois seront supprimés au cours des prochaines années. Cela entraînera inévitablement une diminution de la qualité des services publics et aura des répercussions sur la vie des travailleuses et travailleurs partout au pays.

Ce qui suit n’est qu’un aperçu, petit mais important, des façons dont ce budget touchera les communautés locales et l’économie canadienne.

Pour atteindre son objectif de réduire de 15 % les dépenses à l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA), le budget indique que « les activités qui seront éliminées comprennent la mise hors service de certaines stations de lavage des véhicules ». Cela fait référence aux stations d’inspection de quarantaine de l’ACIA.

Que sont ces stations d’inspection en quarantaine, et pourquoi sont-elles si importants ?

Il n’existe actuellement que deux stations d’inspection et de lavage des véhicules de l’ACIA, toutes deux situées à Terre-Neuve-et-Labrador. Elles se trouvent aux terminaux des traversiers de Marine Atlantic : l’une à Argentia et l’autre à Channel-Port aux Basques. Elles emploient au total vingt-et-une personnes qui risquent maintenant de perdre leur emploi

Les stations de lavage de l’ACIA inspectent tous les véhicules (de tourisme et commerciaux) qui quittent Terre-Neuve-et-Labrador par traversier. Le sol de Terre-Neuve-et-Labrador contient des nématodes à kystes de la pomme de terre (vers microscopiques) et des verrues de la pomme de terre, qui sont connus pour dévaster les cultures de pommes de terre dans d’autres provinces maritimes. La terre invisible sur un seul pneu de camion pourrait transporter des kystes, des spores ou des larves viables à travers les provinces en quelques jours. Une fois que ces organismes atteignent le continent, ils se propagent discrètement, sans montrer aucun signe avant-coureur, jusqu’à ce qu’il soit trop tard. L’épidémie de galle verruqueuse de la pomme de terre qui a sévi en 2021 à l’Île-du-Prince-Édouard a entraîné une perte de 120 millions de dollars en exportations vers les États-Unis. Au total, l’industrie de la pomme de terre contribue chaque année à hauteur de plus de 1,5 milliard de dollars à l’économie canadienne et soutient des dizaines de milliers d’emplois.

Les stations de quarantaine et lavage de l’ACIA à Terre-Neuve-et-Labrador peuvent empêcher la propagation de virus phytosanitaires dangereux. Sans ces installations, il n’y a plus de point de contrôle, plus de décontamination, plus de filet de sécurité. Les fermer serait une décision dangereuse.

Pour les petites communautés comme Channel-Port aux Basques et Argentia, des emplois comme ceux-ci sont essentiels. Ils soutiennent des économies déjà fragiles et peuvent offrir une stabilité pour les générations à venir.

Channel-Port aux Basques, Terre-Neuve et Labrador (Photo: Mike W., CC BY-SA 2.0)

Les inspectrices et inspecteurs du Syndicat de l’Agriculture qui travaillent dans ces stations sont des professionnel·le·s hautement qualifiés qui accomplissent un travail qu’aucun processus automatisé ne peut remplacer. Ils sont la première ligne de défense du Canada contre des menaces invisibles. Ils maintiennent un taux d’inspection de 100 % : chaque véhicule, chaque remorque et chaque équipement quittant les zones réglementées est vérifié. Fermer ces stations, c’est passer d’un taux d’inspection de 100 % à une absence totale de surveillance du jour au lendemain.

C’est le visage de l’austérité. C’est le visage du gouvernement Carney. Ils sacrifient la sécurité au nom de « l’efficacité » et laissent le public se débrouiller seul.

Les récents sondages montrent que 61 % des Canadiens souhaitent protéger les services d’inspection des aliments contre d’autres compressions.

Le gouvernement minoritaire de Carney n’a pas le mandat de démanteler nos services publics. Il a plutôt le mandat de travailler avec les partis d’opposition et les intervenants pour trouver des solutions qui fonctionnent pour la population canadienne.

La fermeture potentielle des postes d’inspection de l’ACIA à Terre-Neuve-et-Labrador n’est qu’un exemple parmi tant d’autres des façons dont ce budget nuit à notre économie, à notre environnement et à nos communautés locales.

Nous appelons la population à communiquer avec les ministres de la Santé et de l’Agriculture, et à exiger que les postes d’inspection en quarantaine de l’ACIA à Terre-Neuve-et-Labrador demeurent ouverts.